Nous n'avons ni beaux vêtements ni belles attitudes ni même belle forme.
Nous allons, nus comme des soleils glorieux, et nous tentons d'aimer.

mardi 5 avril 2016

When the levee breaks

No happy sex, but dark desire.

Je te la fais pas accoudé au bar tamisé, je te la fais Schrodinger style, je te parle au contact, et je te parle des reins.

Lui veut un plan cul bi avec sa femme. C'est elle qui me reçoit, et rien ne tourne rond dans cette affaire, y a un mec qui s'enfuit les yeux baissés quand j'arrive c'est le livreur mais oui chérie y a la meuf super chelou qui arrête pas de causer et que je finis par foutre dehors, lui arrive plus tard, il tise sévère, porte une chemise mauve banquette de train, il est gros et féminin, il ne se lave pas très bien, porte une eau-de-toilette type Metro de Paris, il baise assez mal, mais il est gentil, paumé, il a un gros ventre doux qui éveille mon instinct maternel. Sa femme me surveille avec jalousie, elle suce avec des gestes secs et quand elle voit ma bite, elle pose la question que seules les putes me posent. Le moment est agréable, l'envol est bref mais réel, et je n'ai pas besoin de dix minutes de small talk pour piger les choses qu'on ne peut pas dire - l'ambiance au dîner, les deals de couple, le rapport de force économique - mais c'est pas mon affaire. Elle a quelque chose de joyeusement dur, elle me raconte des tonnes de mensonges en me souriant parce qu'elle sait que je la capte et que je m'en fous. Lui flotte dans l'alcool de l'après-midi, il a besoin d'être rassuré sur l'inrassurable, il a besoin d'amour - mais la vie qu'il s'est faite, ça n'est pas ainsi que ça pousse. Moi je suis venu là comme une fleur et je m'en vais comme une fleur.

Lui est large, costaud, je sens la puissance de ses mains sur mon corps, il me manipule, il pourrait me briser facilement en deux, il est prof d'arts martiaux. C'était le genre de prof que j'avais du temps où je fréquentais les dojos : ces mecs d'une stabilité de culbuto - judo, aikido, j'apprenais les clés de poignet, les clés de bras, un jour j'ai fait un soleil, le monde en 360 vertical. J'étais vif et très bon dans les combats au sol, impossible à immobiliser, une anguille - aujourd'hui je me livre mais toujours l'oeil sur l'esquive. Il est très doux, très massif, centré évidemment. Il baise avec concentration, on a un peu l'impression qu'il y a un jury qui regarde pendant qu'il cherche l'ippon, il est gentil et touchant, il a une grosse chaîne à maillon au ras du cou, et il est con. Il est terriblement con, pontifiant, et il m'explique la vie comme s'il venait d'en trouver la solution dans une boîte de céréales. Je passe un plutôt bon moment, mais finalement je m'ennuie, et je m'échappe.

Elle a la cinquantaine vulgaire, la voix éraillée, une permanente mocassin, le maquillage par plaques, un string en plastique qui dépasse, elle se bourre la gueule depuis sept heures du soir au comptoir du rade et bien sûr qu'elle aimerait que je la ramène pour un coup de bite parce que ça fait longtemps qu'elle a pas vu un petit jeune avec une petite gueule gentille mais on sait tous comment ça va se terminer, c'est l'un des trois rebeux du comptoir - peut-être les trois - qui assureront le service, ils me jettent des regards de chasse gardée, la tension est palpable depuis qu'elle me colle, mais moi j'ai rien à voir, je suis vraiment pas là pour ça, je me décolle et je rentre chez moi.

Lui est un renoi, c'est presque un archétype mais dans le quartier y en a plein des comme lui, le corps de modèle, les muscles souples et forts sous la main, cette odeur musquée lourde des peaux de renoi, il est souriant, la petite barbe la tête un peu ronde le sourire check il est pas prise de tête, c'est l'expression qui revient tout le temps avec tranquille et pas de souci, je parle la langue je sais où on est, on se met direct dans l'ambiance, c'est le profil du black décontracté décomplexé qui aime le cul, oh c'est pas un sensuel, mais il va droit au but ambiance cool hygiène santé, là on baise et tout à l'heure ce sera basket, imperméable aux névroses à l'intériorité, il a le sexe loquace mais un peu cliché, il domine avec simplicité parce qu'avec lui j'aime ça et qu'on est là pour faire ce qu'on aime, il est super attentif ça va comme ça ? C'est important que ça se passe bien, que tout le monde y trouve son compte, y a pas de gagnant pas de perdant, comme une indifférence de bon aloi partner partner il répond au téléphone attends on fait une pause faut que je règle un truc et il reprend direct là où on en était, vers la fin je capte les deux trois fibres de la peur de l'attachement, dans son monde les relations c'est des rouages qui glissent et on y met rien de personnel, un cauchemar pour l'intime mais c'est ce qui fait que c'est aussi agréable, aussi agréable que d'avoir fait un bon running et j'ai le pas élastique quand je m'en vais.

Elle est très jeune, elle me parle applications smartphone et trucs de girls, forcément il ne faut pas dix minutes pour que je connaisse le prénom de la BFF, ce jour-là je sais pas ce que j'ai mais je suis en putain de mode, je la lui fais pas à la tchatche et à la lazy day, il fait froid et je vibre fort, j'ai besoin que ça bouge, je la lui fais aux yeux braqués dans les yeux, à la take it or leave it, j'ai pas dû dire plus de cinquante mots et ça se fait en trois points comme un demi-tour, elle prend sa décision vivement et elle m'emmène chez elle en tremblant un peu. Au lit, son audace la terrorise d'un coup, comme paralysée, alors je lui fais un long câlin, je la caresse gentiment et je profite de son lit douillet aux senteurs adolescentes pour dormir comme un ange - en fait des fois, dormir, c'est vraiment tout ce que je voudrais. Je me réveille après que la nuit soit tombée, elle a mis son ensemble lingerie à soixante balles qui a tellement jamais encore servi qu'elle a même pas décousu les étiquettes, elle s'est refait le maquillage en mode adulte, elle a mis le gilet de laine par-dessus tout ça avec les grandes chaussettes, elle prépare des pâtes. Plus tard, on fait l'amour, ambiance frémissements timides et nerveux, ça me rappelle mes premiers émois avec des meufs boutonnées en pyjama, mais à la fin, je la retourne, je la chope par les épaules, je lui creuse les reins avec le pouce, - elle est vraiment frêle souple toute en cartilage - je lui remonte le cul pour mettre à jour la chatte, je la plie d'un geste et je la baise dans ses profondeurs, à la racine de son être, comme si je lui donnais la pulsation de la basse - toute la puissance animale contenue dans sa cambrure - et elle pousse un cri de chrysalide qui se déchire. Plus tard encore, elle me dit je fais pas ça avec tout le monde et je lui réponds ce qui compte c'est que tu te sentes bien, je lui fais un câlin d'enfant. Elle me parle comme si j'étais l'incarnation du masculin sur terre et ça me fait rire, elle est tellement jeune, même ton désir tu sais encore rien dessus, et puis je m'en vais.

Lui est un beau gosse la quarantaine mâchoire affirmée, il projette une grande certitude, au lit il tente régulièrement de me ramener à son cadre au lieu de s'adapter, il pense que c'est être dominant et directif alors que c'est juste être rigide et pénible, il est obsédé par les actes, par rentrer sa bite dans ma bouche dans mes fesses, comme si mes trous n'étaient pas moi. Je passe un assez mauvais moment, il y a une certaine mauvaise humeur de sa part, et je m'en vais, un peu soûlé. Il me rattrape dans l'escalier, s'excuse, me dit qu'il a le sentiment d'être passé à côté et me demande mon numéro mais je n'ai pas envie alors il m'écrit le sien sur un bout de papier que je retrouverai dans ma poche deux semaines plus tard, en sortant un ticket de métro, je le mettrai à la poubelle avec un reçu effacé de CB.

Elle est next door de chez next door, elle bosse vers Saint-Lazare, je sais pas ce qu'elle y fout, sans doute de la compta, elle veut un fuck-friend, elle a les cheveux raides comme s'ils étaient morts, son rouge à lèvres vient de chez Ferrari, sa teinture des cendres du crématorium, elle a une peau pire que la mienne, elle est terne comme un siècle sans pain mais elle a incroyablement besoin qu'on la touche, qu'on la désire, et qu'on la baise, qu'on la fasse exister comme un corps, elle a des varices sur les mollets elle ne doit pas faire de la compta, plutôt de la vente au comptoir, elle est pas fute-fute, elle a rien à raconter et elle fait pas semblant, elle a juste ce besoin sexuel vibrant organique obscène, elle veut un truc dans sa chatte mais elle veut pas taper dans les clubs échangistes pour pas rencontrer du collègue, le cul c'est la seule lumière qui passe dans ses yeux comme un enfant au jour annuel des frites, elle est tellement lambda, l'être humain dans tout son rien, ma semblable ma soeur, elle me touche tellement que je la baise avec une espèce d'humour de contrepied, une passion Harlequin Marquise des Anges contre/sur/sous la table du salon, puis vers le canapé, à l'entrée de la cuisine et sur le seuil de la piaule, à deux doigts du lit qu'on n'atteindra jamais. Elle a de la couleur aux joues et elle respire avec plus d'ampleur quand je m'en vais.

Lui est un rebeu d'une trentaine d'années, il bosse en bureau, il a d'étranges marques sur les épaules, les flancs, comme s'il s'était battu au cutter, hormis ça il est en costard de job et s'il avait quelque chose qui m'a plu au début, assez vite quand on vient au corps, il y a quelque chose que je ne sens plus chez lui, quelque chose d'un peu obscur, quelque chose qui me dit que je ne devrais pas rester là et que son désir n'est pas propre, alors je roule sur le côté, je me rhabille en mode un peu psycho et je me barre sans dire un mot pour pas donner prise.

Lui a de très beaux yeux de star de cinéma, un regard vert très dessiné et il en joue comme un acteur de série Z, il baise très bien, il a des mains très enveloppantes, avec une grande délicatesse dans la vigueur, quoi qu'il fasse il s'applique à offrir le meilleur du regard que Dieu lui a donné, il sourit toujours, il est pas spécialement tendre mais toujours à la bonne distance, on a pas grand chose à se dire ni avant ni après, mais finalement on n'est là que pour le pendant, et quand c'est fini, il fume sur son lit, il me dit salut je lui dis salut et je m'en vais.

Elle n'arrête pas de me demander si j'ai quelque chose à fumer, elle a terriblement envie d'un joint, j'ai rien sur moi ça fait longtemps que je me balade plus avec du shit, elle est stressée stressée, elle me propose de l'alcool mais je ne bois pas et surtout pas de la bière, elle n'ose pas boire seule et le stress ne fait que monter, alors je tente deux trois trucs pour l'apaiser, mais à chaque fois le stress repart de plus belle et au bout d'un moment je lui fais un bisou, elle dit je fais tout foirer et je dis oh bah non ce sera pour une prochaine fois et je m'en vais.

Lui est divorcé, presque la cinquantaine, il a des manières, une vraie finesse d'esprit et une longue expérience des hommes et des femmes. Il me parle de ses enfants qui sont adolescents, le plus vieux est dans les études, il me parle un peu de sa femme, de pourquoi il a renoncé à se remarier. Il est authentiquement cultivé avec un esprit curieux et j'ai pour la première fois depuis longtemps beaucoup de plaisir à discuter. Je l'intrigue, il veut comprendre comment je fonctionne, qui je suis, d'où je sors, ce que je fais dans la vie, et je ne réponds à rien de tout ça, mais je passe un très beau moment et je pars très très loin avec lui - et quand je redescends, il a des gestes incroyablement tendres et ça me fait du bien de ne pas être celui qui dispense la tendresse. Peu avant que je m'en aille, il me dit gentiment j'espère pour toi que tu sais ce que tu fais et ça me laisse un peu songeur, je ne sais pas ce qu'il pense que je fais mais je ne demande pas et je m'en vais.

Lui aussi est divorcé, mais depuis peu, il n'a pas beaucoup d'expérience avec les hommes, il se présente comme bi mais ça a plutôt l'air d'être un bi de pacotille, un bi mes derniers rapports avec les femmes ont été tellement désastreux, il est un peu paumé, j'écoute son histoire, son ex-femme, le petit conte classique de la frustration, des rapports de pouvoir et de l'égoïsme. Il a un gamin, très jeune, en garde partagée, à un moment je lui dis il faut que tu deviennes le père que tu veux être, pas celui que ton ex a dans la tête. Il faut aller le chercher, le mettre à l'aise, le rassurer mais son désir est là, et quand il se libère, c'est d'un coup, presque trop, ça part dans tous les sens. On se revoit quelques fois, il finit par me dire je ne veux pas une histoire avec un mec et ça me fait rire pourtant je ferais une excellente mère pour tes enfants, et je pense que je le plains si pour toi une histoire, c'est ça. Plus tard il commence à paniquer sur son orientation sexuelle c'est juste une phase c'est juste une phase et je ne dis rien, parce que peut-être que oui, peut-être que non, mais quelle importance. Finalement, je lui dis écoute j'ai pas envie de gérer ton insécurité et c'est pas la première fois que je dis cette phrase, alors je m'en vais.

Elle est super belle mais elle ne le sait pas, elle s'enlaidit presqu'intentionnellement, bafouille quand je lui parle au début - c'est même comme ça que je la rencontre, elle bafouille quand je lui parle et le rouge aux joues, alors j'ai l'impression qu'elle est en train de faire un malaise, je pose la main sur son avant-bras ça va ? Je passe plus tard de longs moments à l'emmener dans les magasins, à lui montrer les robes, les tissus, à lui expliquer les coupes et comment ça marche sur son corps à elle, même les bases du maquillage je fais un passage, et puis la question des coiffures, de la forme du visage. Elle me demande comment je sais tout ça, comment ça se fait que je m'y connaisse en vêtements en tissus en beauté j'aime bien habiller les femmes, et avant qu'elle demande si je suis dep', je m'intéresse à beaucoup de choses. Et puis la situation m'en rappelle une autre à laquelle je n'ai pas envie de penser, alors on va chez elle et je lui montre comme elle est sexy, je la caresse beaucoup, je l'admire, je l'habille, je la déshabille, je joue à la poupée avec elle, je fais courir le bout de mes doigts le long de sa taille, de ses hanches parfaitement arquées, sur la pointe des seins, je fais les doigts de plume sur ses aréoles et sur ses lèvres, sur son cou, sur la peau juste sous le menton, et sur ses fesses, sur le ventre jusque sur sa chatte, sur l'intérieur des cuisses, sur l'aine et je la lèche sur son canapé je l'embrasse et je la baise et à un moment c'est tellement fort, la façon dont elle prend du plaisir est tellement belle que pendant quelques instants, je l'aime. Plus tard je lui dis en substance qu'une chatte n'est pas une faille mais un lieu et qu'elle est belle, désirable à s'en damner, je lui dessine sur un papier les coupes des sous-vêtements qui sur elle feront bander le plus blasé des hommes, et je m'en vais.

Lui est vieux, il me dit qu'il a soixante ans mais j'aperçois son ID et il en a bien soixante-dix. Je l'emmène prendre un bain, je le lave, je le caresse, et quand il se met à bander je le branle très doucement. Pendant que je le sèche, il me demande pourquoi je m'intéresse à un corps vieux et cassé comme le sien, qu'est-ce que je peux bien y trouver. Je lui dis que je me fous de son corps, ce n'est pas vraiment ça que j'ai regardé, alors il me demande quoi et je m'arrête un instant pour réfléchir parce que c'est une bonne question et je réponds l'élégance morale. Il n'a sans doute pas été touché depuis dix ans, il ne va pas aux putes, il vit sa vie solitaire de routine et de vide, mais il tient droit. Il me dit tu t'es fait briser le coeur et j'approuve en silence, il me dit il n'en valait certainement pas la peine, je souris c'est une elle et son oeil soudain s'allume ah les femmes. Je le rhabille et je m'en vais.

Lui a une très belle bite, je ne sais pas à quoi c'est dû, la forme, la taille, l'harmonie générale de l'érection, la façon dont elle se dresse dans son corps, la rondeur profilée du gland et la fluidité du raccord au fourreau avec la petite collerette aérodynamique qui va bien, c'est une bite qu'on a envie de sucer, de goûter de partager de lécher de rendre heureuse et fière - mais une belle bite c'est à peu près tout ce qu'il a, il ne sait pas du tout s'en servir, il se contente de l'exhiber, de l'offrir avec une espèce de vanité enfantine, il se regarde beaucoup la bite, c'est avec elle qu'il vit sa relation la plus intense, elle est comme un totem offerte à l'admiration des fidèles et lui le servant du culte dans les petits papiers de la divinité, alors je profite pleinement de sa bite, je lui offre toute mon adoration, je lui rends l'hommage dévot de mon coeur amoureux, je la regarde jouir comme une diva et disparaître progressivement dans les voiles de son mystère. Je me demande en me rhabillant si je dois laisser un petit quelque chose pour le denier du temple mais je n'en fais rien et je m'en vais.

Elle me demande direct de l'enculer, elle veut qu'on lui fasse le cul, elle adore qu'on lui fasse le cul, je ne sais pas ce qu'elle fait de sa chatte, visiblement elle ne s'en sert pas, quand j'y ai posé la main, elle m'a saisi le poignet comme un flic qui arrête un voleur, elle veut que ce soit moi qui lui fasse le cul parce que j'ai la plus grosse bite du secteur et parce que c'est la première fois qu'elle me voit, il y a un gars soûlant qui passe son temps à expliquer qu'il est pas bi mais cent pour cent hétéro - tout à l'heure sur sa tête on lisait ça c'est pas un moment que je raconterai aux copains du PMU - il se met à bouder parce que d'ordinaire c'est lui qui a la plus grosse et puis parce qu'il est con, j'ai vu des bites avec des gabarits tellement supérieurs que ça m'a passé l'idée de me faire du mouron sur le sujet, mais en ce qui concerne le cul de la dame, elle s'y prend un peu tard, je suis en redescente, elle aurait dû demander une heure avant, je suis plus vraiment dans le mood - pourtant elle est magnifique, je ne sais pas d'où elle vient, je comprends rien à son accent, elle a une peau de béninoise mais des traits de togolaise - donc finalement c'est l'autre abruti qui lui rend service, et il y est encore quand je m'en vais.

Elle me dit un truc qui me fait instantanément débander, elle ne peut pas savoir, elle vient de toucher un point névralgique, un souvenir vif comme une plaie, mais elle le prend très personnellement, alors je repasse la voir une autre fois pour rattraper le coup, mais je ne peux pas, à chaque fois, elle dit la même connerie et ça m'y refait penser, finalement je m'invente un fantasme que je n'ai pas et je lui écris une situation dont le seul intérêt est qu'elle ne puisse pas parler, j'ai un peu honte de la ruse mais c'est aussi pour lui faire plaisir, et la fois suivante quand je viens, elle joue le jeu mais pendant que je suis en elle, elle dit un seul truc et c'est ce truc-là qui faut pas, à la fin c'est presque un sketch, alors je lui donne une énorme fessée et elle aime ça, en fait elle aime vraiment ça, j'ai vite mal à la main, je lui frappe les fesses avec une espèce de louche de cuisine en bois qui traîne et elle aime tellement ça que j'ai un moment de déphase qu'est-ce que c'est que ce délire ? et en fait elle veut bien plus que ça, elle veut bien plus que se faire fesser à coup de louche en bois, elle veut se prendre des baffes, elle veut qu'on la traite vraiment mal, c'est pas cérébral c'est organique, tout à coup surgit la violence de son désir et je sais pas ce qui se passe mais ça vient me chercher comme une terreur, je la saisis à la nuque, je la gifle, je la jette par terre je la traîne par la gorge dans la chambre, je la balance sur le lit, je la frappe je la fous par terre je lui mets des coups de latte je lui marche même dessus, j'ai peur de lui faire vraiment mal mais elle est à fond dedans, je la relève je la baffe à grandes paumes, pas des baffes sonores mais des baffes qui sonnent, je l'insulte évidemment je la traite comme de la merde et je sais pas pourquoi je me mets à bander, ça vient pendant les insultes et je lui fourre ma bite dans la bouche, elle bave et je la baise comme une grosse connasse qui veut jamais fermer sa gueule je la baise comme une espèce de salope à détruire à briser à éclater, elle jouit comme si elle était en train de crever, et après elle reste étalée par terre en un tapis pisseux - il y a comme un silence d'environ une demi-heure, elle a l'air d'avoir fait douze rounds avec un cogneur fou et je suis merdemerdemerde mais finalement elle dit putain c'était bon ça fait du bien et elle pète le feu, elle me fait des bisous, elle se sent bien dans son corps sa peau sa vie, alors j'insiste pas et pendant qu'elle se douche, je m'en vais.

Lui aime beaucoup mon côté féminin, il a quelque chose d'adorable, monsieur d'un certain âge un peu strict, très courtois, très vieille époque, qui dégage pourtant, par éclair, une énergie brute d'orage électro-statique. Son truc serait de prendre le thé avec moi en meuf, il est très contourné, une espèce d'ingénieur en pré-retraite, il s'écoute un peu parler mais aussi il est un peu gêné et moi vraiment pas, faire la meuf ça me plaît. Il me montre un peu les tenues qu'il a, il me sort une perruque qui ressemble à un chien bouilli et je l'arrête je crois que je préfère m'en occuper, parce que le mec a clairement aucun goût. Je lui fais le grand jeu du make-up et de l'épilation intégrale, je chope la lingerie, les vêtements, je me pointe chez lui je passe une heure dans la salle de bain et je lui offre mon meilleur passing - le trav est un monde à part - on prend le thé dans son bel appartement et il pleut des cordes grasses dehors, on parle peinture, on parle mobilier et il me séduit comme la jeune femme que je ne suis pas, scénario érotique de trois heures du matin sur le câble, il m'effleure l'épaule, le cou, la main au passage comme par inadvertance, avec une sorte de respect poli, sans aucune condescendance, sincèrement flirtatious, et puis finalement, il commence les caresses, les mains qui s'appuient, et  je l'invite au contact, il me touche le ventre, ses mains s'enroulent sur ma taille, il me caresse avec une sensualité empesée et déroutante, il y a soudain quelque chose de tellement excitant pour moi à l'idée de ma virginité, ça me monte au ventre et il me baise comme on ne m'a jamais baisé, il me baise comme une étudiante qui se dévergonde oh non monsieur non, je ne sais pas s'il a pris un putain de viagra mais il est increvable - et j'en redemande, je suce sa bite courte et large comme si elle allait me nourrir, je passe tellement ailleurs que j'en fracture un mur solide de mon éducation, un tenon ancien et moussu qui vole en éclats, une pluie de moellons, comme si mon corps s'ouvrait à des formes de sa propre présence jamais explorées, accédait à une forme d'énergie encore inconnue. Dehors je flotte, j'oublie partiellement de me démaquiller, dans le métro, des jeunes filles pour la première fois de ma vie me sourient cash et engagent la conversation - plutôt que de la jouer The Cure j'explique c'était un délire de cul et vous n'imaginez pas comme elles sont intéressées, les jeunes filles, par un délire de cul, mais ma station arrive et je m'en vais.

Lui est juste ridicule du début à la fin, j'y vais pour voir le sketch et c'est un sacré sketch, il est d'un sérieux de pape, il me promet des choses que je ne lui demande pas, se défend de choses auxquelles je ne pense pas, enfin il fait toute son affaire tout seul jusqu'au foirage complet et je ne dis rien, je le regarde gentiment mais sans comprendre, il me fait penser à un film de Tati, j'ai l'impression que finalement, c'est le but de la manoeuvre, se rendre complètement ridicule, il se dit peut-être que c'est touchant, ou peut-être que c'est son trip érotique masochiste comment je foire mon plan et après je me branle sur mon humiliation mais je ne saurai jamais, parce que je suis parti.

Elle m'explique comment elle veut ce que ça se passe, j'ai l'impression d'une recette de cuisine et je suis soûlé au bout de cinq minutes, j'ai envie de dire franchement commande-toi plutôt un vibro à la Redoute mais je dis je suis désolé, je suis pas du tout en forme en ce moment, j'ai pas le cardio pour ça, il vaut mieux que tu trouves quelqu'un d'autre, elle me regarde comme s'il y avait tromperie sur la marchandise, comme si l'article dans la boîte correspondait pas à celui en exposition, sérieusement j'ai pas le cardio le pire c'est que c'est vrai j'ai même des palpitations et des crises d'angoisse, et puis ça fait tellement longtemps que j'ai pas work out je sais que mon corps suivra pas quand ça va monter trop physique, je comprends même pas pourquoi elle m'a choisi moi, avec mon gabarit de crevette des prairies, si c'était pour un trip pilonnage y a quand même de quoi faire, je lui trouve trois gars dans l'heure si elle veut, mais elle est pas preneuse, elle fait un peu une fixette je sais pas si c'est sur moi ou si c'est autre chose, avant que ça devienne vraiment relou, je m'en vais.

Elle me dit quand je suis torse poil je me demandais si t'étais musclé et un peu, quand même et je me dis qu'elle est bien gentille de voir encore des muscles sur mon corps, j'ai jamais été baraque mais là j'ai vraiment plus de style, je hausse les épaules franchement, j'ai tout perdu, mais la remarque me gêne, et c'est peu après que je me fais la réflexion c'est comme de dire à une fille je me demandais si t'avais des beaux nichons et ils sont pas trop mal en fait, ça se fait juste pas, à la rigueur tu le gardes pour toi mais même, je suis pas là en train de regarder les nichons des meufs comme des fruits sur le comptoir ouais la couleur est bien mais la forme est naze vas-y je suis pas ton porno imprimé en 3D, mais je dis rien parce qu'elle pensait pas à mal et elle sait pas qu'elle m'a un peu blessé en vrai, quand je m'en vais.

Elle est très tendre, très affectueuse, elle me fait l'amour passionnément comme si j'étais Romeo dans ses oeuvres, mais je lui ai donné un faux prénom et c'est lui qu'elle chuchote tendrement à mon oreille, elle me griffe le dos elle me mord l'épaule, j'adore ses hanches larges, ses cuisses hollandaises, sa chair molle et blanche aux petits seins très bien dessinés, elle mouille comme une fontaine et elle jouit dans les graves, j'adore les femmes qui jouissent dans les graves, elle me rappelle mon premier amour et quand je comprends ça je jouis d'un coup, en un long geyser intérieur, mais après je traîne pas trop parce qu'elle commence à mater mon portable, à me poser des questions persos, à me faire flipper alors je prends pas de douche et je m'en vais.

Elle est musclée athlétique corps de 400 mètres, d'ordinaire vraiment pas le genre avec qui je, le type d'énergie que ce type de fille recherche c'est pas chez moi que ça se trouve, mais alors j'y suis allé franco je l'ai mise au défi je l'ai joué come get some je sais même pas ce qui m'a pris peut-être que j'étais vraiment à côté de mes pompes peut-être que j'ai voulu me prouver une chose peut-être surtout que j'y suis allé parce que j'avais aucune chance et que ça m'amusait en mode wtf, elle me faisait envie, ça s'est joué au contact, elle m'a ghosté direct et puis à un moment sa main passe près de mon coude, pur hasard des circulations corporelles en milieu bondé, et je lui enroule instinctivement le bras en un début de clé que je relâche aussitôt, de toute façon je sais jamais terminer une clé, plus tard elle revient elle m'attrape l'épaule elle tente une prise mais je suis encore fluide et j'échappe, finalement ça se passe chez elle, je crois que son mec du moment a préféré aller taper du bédo alors presque par dépit finalement elle m'amène, elle y croit pas mais elle veut voir, elle teste elle teste et on roule, on fait la lutte, elle est forte elle a vraiment de la force alors je vais chercher mes ressources et c'est comme un bras de fer au ralenti et je sens qu'entre elle et moi il y a toute la différence de la détermination parce que je m'en fous de baiser mais je suis pas une blague, ce jour-là j'ai quelque chose dans le ventre qui vient de loin, je vois dans ses yeux qu'elle s'y attendait pas oh gazelle si on s'était croisés y a dix ans et l'envie monte, ce désir-là naît du combat - elle me chope avec les abducteurs évidemment elle veut faire les ciseaux mais tu parles que je l'avais anticipé et ça bascule d'un coup dans le sexuel pourvu que j'ai le souffle pourvu que mon coeur tienne et en fait, elle arrête jamais la lutte, la lutte est pour elle le lieu du sexe, toujours c'est un combat qui se poursuit, et même quand elle jouit elle ne se rend pas, parce que quand elle jouit c'est quelque chose qu'elle prend sur toi et quand tu jouis tu le prends sur elle mais c'est ok, c'est le deal, après le sexe, elle transpire je transpire, elle a un ou deux gestes tendres de fille gauche comme quelque chose qu'elle a envie de faire mais qui quand même c'est pas son truc, je suis laminé mais plutôt mourir que de le montrer, je me dis après la porte la crise cardiaque - c'est comme quand tu fais l'air de rien t'as monté les douze étages en courant mais t'es même pas essoufflé alors qu'en vrai tu te sens comme si tes poumons magie magie avaient disparu -, je lui suis reconnaissant du corps-à-corps, dans le hall de l'immeuble je m'écroule d'un coup et pendant dix minutes j'ai l'impression que je vais y passer là pour de bon au milieu de la nuit à une heure de marche de chez moi, mais finalement ça va, l'air est glacé et je m'en vais.

Lui a du blé, il voyage beaucoup, il parle français avec un accent fin mais il a le verbe sûr et le vocabulaire riche, il a aussi un job à la con en costard cravate qui rapporte beaucoup et deale dans les rapports de pouvoir les plus laids de la mondialisation. Mais il est poétique et rêveur, c'est dans une chambre d'hôtel à what mille, et il est très doux, très lent, il regarde les choses peut-être un peu comme moi, du coin de l'oeil, il porte une montre très chère si je m'intéressais aux montres je saurais que c'est une audemart-piquetdejardin, il a une gourmette et de lourds poils noirs sur les avant-bras, il a une vraie beauté de métis libanais, quelque chose d'antique. Peut-être parce qu'il ne fait que passer, peut-être parce qu'il me fait penser à des vacances lointaines depuis combien de temps j'ai pas pris de vacances, peut-être parce que je me sens bien, allongé à regarder la fin des toits et le ciel par les grandes fenêtres, à poil sur ce plumard démentiel dans cette chambre que je risque pas de me payer un jour, ou peut-être parce que là d'un coup j'ai vraiment baissé la garde, je lui raconte ma vie, pas les infos, pas les noms, pas les détails, mais ma vie, et il écoute attentivement en mangeant lentement les snacks du minibar qu'il a disposés dans une coupelle. Je lui dis je sème l'amour et mon corps en est la graine et ma blague le fait sourire, il me parle protection et dépistage, forcément, et puis très simplement, très directement, semer des herbes folles, ça m'a pas l'air d'être ton style, il regarde du coin de l'oeil toujours toi tu es fait pour les grands arbres, et il a raison bien sûr j'aimerais faire pousser un cèdre du Liban, c'est mon totem mais on fait avec ce qu'on a là où on est, alors je l'embrasse pour de vrai et puis j'y vais.

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