Nous n'avons ni beaux vêtements ni belles attitudes ni même belle forme.
Nous allons, nus comme des soleils glorieux, et nous tentons d'aimer.

mardi 9 février 2016

L'expédition de Sicile

Dans la mythologie contemporaine qui berce notre civilisation, Athènes est la mère de toutes les stars.
Icône de la Grèce antique, carte postale de temples et d'amphithéâtres, elle est la matrice revendiquée de l'Europe, la racine profonde de l'Occident : d'elle découle le long fleuve de la rationalité qui, comme chacun sait, n'a cessé de répandre ses eaux bienfaisantes dans les derniers deux mille ans d'histoire (et spécialement dans ce si doux XXe siècle).

Athènes, la vraie, la ville réelle, est d'abord une cité paumée dans une terre pauvre.
Les temples et les statues n'étaient pas blancs, mais bariolés de peinture.
Pour le reste, pas de technicolor.
Des oliviers, de la vigne. Des chèvres. Des figuiers.
Un soleil qui tape dur, de la poussière et pas mal de cailloux.

Ce qu'il y a surtout, c'est la mer, et à Athènes on fait des bateaux.

Peuple navigant, peuple commerçant, peuple actif, occupé au négoce, profondément tchatcheur et street-smart, pour qui un drachme est un drachme et no free lunch - tels sont les Athéniens des origines.

Athènes n'est pas vraiment une belle cité où de nobles âmes en toges blanches ont élaboré, beauté au coeur, les premières bases de la rationalité en Occident.

Athènes est un bouge cradingue et bavard avec un petit problème d'alcoolisme, régulièrement au bord de l'explosion sociale, où les riches sont très riches et les pauvres très pauvres, où il faut courser les citoyens pour qu'ils viennent voter, où on fait du biz à base d'huile d'olive, où on monte des flottes, on achète ou on s'empare en rapine du bien des autres, on leur fait parfois des offres qu'ils ne peuvent pas refuser en débarquant avec trente bateaux dans leur port, et à ceux qui peuvent refuser, ceux que trente bateaux ça fait rigoler, on leur fait des sourires et on leur vend ce qu'on a pris ailleurs.

Pour les Athéniens, ce qui compte, c'est de revenir à terre chez soi entier, des drachmes dans les poches et des vivres pour l'année, après avoir passé des mois sur ces bateaux fragiles qui ne tiennent pas le gros temps imprévisible de la Méditerranée, et avec lesquels prendre la mer, c'est toujours risquer sa peau.

Athènes est une ville pas gâtée par les dieux - qui a vécu la fulgurance d'un âge d'or et ne l'a pas plus compris qu'une autre.

Quand on parle d'Athènes, on parle souvent de la rivalité légendaire avec Sparte.
Mais dans la réalité, c'est Sparte qui a dominé quasi tout le temps.

Sparte, sa spécialité, c'est la baston.
Une organisation sociale tout entière tournée vers l'activité militaire.
On tchatche pas pendant des heures sur la place du marché, à Sparte.
Sparte, c'est même le contraire tellement absolu de la tchatche que son nom est devenu synonyme de la parcimonie des mots - laconisme.

Athènes n'a pas d'armée, seulement un service actif des citoyens, à la Suisse.
Chacun paye son équipement, selon une règle qu'on retrouvera dans l'armée romaine des origines et qui traduit dans la levée des armes la distinction des classes sociales.

C'est Solon, le père fondateur de la démocratie athénienne, qui a défini ça.
Solon, le sage des sages, un poète, un aristocrate ruiné - qui s'est refait une fortune dans le business de l'huile d'olive.
Je ne pense pas que ce dernier détail ait compté pour peu dans l'estime que les Athéniens avaient pour lui.

A l'armée, les cavaliers sont rares, car les chevaux sont très chers, à l'achat et à l'entretien.
La plupart des hommes dont on entend parler dans l'histoire grecque, ce sont des gens très riches : les hippeis, la classe supérieure, ceux dont les revenus permettent l'entretien d'un cheval à la guerre.

Les autres vont à pied.
L'équipement hoplitique - casque cuirasse bouclier, longue lance et glaive court - n'est pas non plus donné, et du fait que Socrate était hoplite, on peut déduire qu'il n'était pas un miséreux - juste pas un riche.
Non, les vrais pauvres, les thètes,  ceux qui vont à la guerre en tunique, bouclier et javelot, ou ceux qui rament au fond des trières, on n'en entend jamais parler, dans l'histoire grecque.

L'équipement de l'hoplite est lourd, et souvent, pendant les marches, ce sont des esclaves qui le portent.

C'est un lieu et un temps où l'esclavage fait partie de la destinée possible d'un être humain. Ça arrivera même à Platon.

L'âge d'or d'Athènes, c'est un siècle, un siècle et demi.
Ça commence avec la Constitution écrite par Solon.
Ça se finit sur l'expédition de Sicile.

L'expédition de Sicile, c'est tout un contexte.

C'est l'époque de Socrate, pas encore celle de Platon. Mais peut-être que l'on comprend mieux quelque chose de Socrate à la lumière de l'expédition de Sicile.
Peut-être qu'on comprend mieux la philosophie quand on sait qu'elle naît plutôt la fin du jour qu'au midi.

Périclès, l'une des rares figures politiques à s'être authentiquement préoccupé de l'intérêt général, vient de mourir dans une épidémie de peste.
Et s'il n'était pas mort là, ses adversaires auraient eu sa peau de toute façon.

Athènes était tournée vers la mer, vers les îles : de là est venu son profit de commerçante avant tout, ainsi que d'opérations guerrières sur des petites îles ou cités qui payent tribu.
Athène tape sur les faibles et les rackette, mais à l'époque, c'est comme ça que marche le monde.
C'est le droit de la guerre, de ce droit découle l'esclavage, c'est une structure socio-politique commune à tous.
Il n'y a ni ONU ni SDN, mais il y a des us et des coutumes.
Si personne ne rackette Athènes tout à l'origine, c'est qu'il n'y a rien à y racketter.

Là où il y a quelque chose à prendre, ça va plutôt être à Corinthe, par exemple.
Cité richissime grâce au droit de péage de son isthme : industrieux et bien placés, les types de là-bas avaient construit un système de roulage pour faire passer les bateaux par voie de terre, un raccourci royal sur le Péloponnèse.
Le cash est rentré à toute vitesse dans les caisses, et on parle à l'époque des délices de Corinthe comme on dirait putes et cocaïne à tous les étages.

Athènes essaie de prendre de l'influence sur cette énorme presqu'île qu'est le Péloponnèse et dont elle garde l'entrée, mais c'est compliqué : il y a Sparte, il y a Argos, il y a déjà pas mal de peuple dans la place, et puis c'est blindé de montagnes.

Le monde d'Athènes est plutôt un monde d'îles.

Athènes et Sparte se tirent la bourre depuis longtemps, enfin disons que Sparte fait sa vie et Athènes essaye d'exister.

Mais il y a le coup des Perses qui débarquent, et c'est pas juste des mots, c'est l'actualité.

Les Perses de l'époque, c'est un empire titanesque alors l'idée générale, c'est plutôt la Chine versus Taiwan.

Enfin les Thermopyles, this is Sparta, c'est une autre histoire.

A cette occasion, Athènes et Sparte ont fait front commun, quelque chose de rare.

Il y a deux ligues différentes qui sont nées dans cette grande bringue médique : la ligue de Delos, fondée par Athènes, et puis la ligue de Sparte.
En gros, la ligue des îles et la ligue du Péloponnèse.

La ligue de Sparte n'est pas une vraie ligue : c'est Sparte et son posse, Sparte et sa team. Et si la team suit pas, Sparte met des claques. De toute façon, c'est plutôt pas mal d'être avec Sparte, parce que tu te fais moins emmerder, quand même.

Par contre, la ligue de Delos, c'est un vrai collectif.
C'est Athènes qui a mis ça sur pied, Athène la futée, qui a réuni tous ceux qui marchent pas avec Sparte, en leur expliquant que si les Perses passent, tout le monde en prendra pour son grade.

En vrai, Athènes est la seule à avoir des raisons de stresser devant les Perses, parce qu'Athènes a tendance depuis longtemps à monter de petites expéditions pour braconner dans leurs chasses gardées.

Mais les autres cités voient bien que le problème va tout de même plus loin, alors tous ensemble, ils font une ligue - même si l'idée d'un tous ensemble, ça fait pas trop spontanément partie de leur weltanschauung.
Ils font pot commun, militairement et financièrement, et ils placent la grande tirelire collective sur l'île de Delos, où il y a un grand temple et rien d'autre.
C'est un coin vide, neutre, respecté : un rectangle de terre consacré à l'existence de la divinité.
C'est pas rien, un temple, à l'époque.
Dans une aire culturelle pas très au fait de la transcendance, le lieu du respect des dieux, c'est le lieu de la présence des dieux.
Le temple, c'est le corps des dieux : le lieu physique de la part immatérielle de l'homme.

Chez les Grecs, piété et scrupule, c'est la même chose : c'est le scrupule qui retient la main qui se tend, que ce soit pour prendre l'or ou frapper du glaive.

Quand la question des Perses est réglée, c'est là que les choses évoluent, question ligue de Delos.
Athènes a pris du galon sur la scène géopolitique. Athènes commence à tirer la couverture à soi.
Là où la ligue de Delos était une association de petits commerçants, Athènes se met plutôt à y voir une foule de succursales pour sa multinationale perso.
Et Athènes a les moyens de faire voir les autres pareillement, ou plutôt, les autres n'ont pas les moyens de leur propre point de vue.

Il y a ce système de hiérarchisation d'influence dans l'Antiquité : les alliés, les colonies, les tributaires.
Les alliés - les Romains les appellent sociis, ceux avec qui on a sociabilisé - ce sont ceux qui marchent avec à la bataille, mais qui gèrent leur vie en autonome, tout en sachant très bien les intérêts de qui ils ne doivent pas contrarier.

Les colonies, ce sont des implantations, parfois anciennes, le résultat d'un essaimage : des colons de telle ou telle cité qui débarquent et s'installent, souvent là où il y avait déjà un village. La cité-mère finance l'expédition et fournit un soutien militaire. En échange, la colonie, lorsqu'elle fleurit, paye son impôt. Il arrive que les colonies se retournent contre leur cité d'origine, qu'elles se rebellent contre le droit d'aînesse. C'est un trafic d'influence classique que de détourner une colonie de sa cité d'origine pour affaiblir la patronne.

Et puis il y a les tributaires, les soumis, les vaincus, ceux qui, par droit de guerre, parce qu'ils ont été vaincus ou qu'ils n'avaient pas les moyens de se battre, versent chaque année tant de céréales et tant d'espèces sonnantes.

Alors quand Athènes commence à considérer que les membres de la ligue de Delos, d'égaux, deviennent plutôt des alliés, et puis finalement, un peu des tributaires, quelque part, le coup de stress est prévisible.

Mais Athènes s'en fout, et le tournant est pris quand elle transfère le pot commun du temple sacré où il est entreposé à Delos, à la banque de chez elle, en bas de la rue.
C'est plus rapide de piocher dedans, comme ça.
C'est relou, à la longue, de prendre le bateau dès qu'on a besoin de monnaie pour les clopes.

C'est qu'Athènes, cité commerçante, cité navigante, caresse des rêves de grandeur, d'expansion.
Athènes a des envies Hollywood Boulevard.
Evidemment Sparte voit l'affiche du film différemment.

Alors, pour résumer, ça fait dix ans qu'Athènes et Sparte discutent de ce projet de cinéma en se foutant sur la gueule façon Guerre Froide, en bondissant sur n'importe quel Vietnam qui se présente.
Et à la longue, les Athéniens ont plutôt perdu.
La fin de l'âge d'or en pente douce, parsemée de raclées.

Cette expédition de Sicile, c'est là-dedans que ça se passe.

La Sicile, c'est une excellente terre, c'est même une des meilleures terres qu'on connaisse en Méditerranée, mais c'est devenu le gros bordel dernièrement, et qui dit gros bordel dit occasion à prendre.
La faute à la démocratie, d'ailleurs. Les cités de Sicile ont succombé à la mode de la démocratie, elles ont foutu dehors leurs tyrans, suite à quoi, il y a comme un léger flou.

Il y a deux villes en Sicile, qui se parlent mal. Et l'une d'elles est soutenue par Sparte.
L'autre demande de l'aide aux Athéniens.
C'est pas tout près, la Sicile, et c'est grand, et c'est plein de difficultés diverses et de dangers variés.
A Athènes, après dix ans de guerre avec Sparte et une grosse peste, on n'est pas exactement flamberge au vent, et monter une expédition pour se recoller dans le merdier alors qu'on n'a même pas encore enlevé les pansements, ce n'est peut-être pas l'idée en or de l'âge d'or.

L'expédition de Sicile, ça met en scène deux personnages qu'on croise chez Platon : Alcibiade et Nicias.

Alcibiade est le jeune riche, le blindé de thune, le golden boy athénien, fantasque et superbe, plein d'amour et d'arrogance, insolent et joueur, touchant et magnifique de promesses.
Alcibiade, c'est le mec qui avait tellement tout pour lui que la seule façon de surprendre son monde, c'était de tout rater.
Dans son gâchis, c'est quelque chose du gâchis athénien qui se reflète.

Nicias c'est le vieux, hésitant et névrosé, habile et intelligent, mais bourré de TOC, qui consulte les oracles pour savoir s'il doit boire une camomille ou un tilleul ce soir.
C'est une tête, mais pas un homme d'action : ses instincts sont inhibés par l'angoisse.
Là où Alexandre s'avance sans hésiter pour trancher le noeud gordien, Nicias demande au devin si les signes prophétisent que Nicias va résoudre le problème.

Mais Nicias est avisé, et son avisé avis est de laisser les Siciliens dans leurs histoires, parce qu'on a déjà bien assez de bordel à nettoyer à la maison.

Alcibiade emmène les jeunes avec lui : aucun bon sens, et ils ont envie que ça bouge. Lui, c'est le parti du oui, c'est le parti des huddled masses yearning to breathe free.

En fait Alcibiade s'en fout un peu de la Sicile. Il est tellement riche, qu'est-ce que tu veux qu'il y gagne ?
C'est simplement qu'il a envie de sentir le vent dans ses cheveux, de sauter à terre en riant à grandes dents et de voir un peu ce que valent vins et femmes par là-bas. Et puis, tous ces vieux cons l'emmerdent, il a envie que ça fasse du bruit. Il aime bien foutre le bordel.

A Athènes, on débat, et pour débattre il faut parler, et parler, c'est une technique. Quand on est au milieu de l'assemblée et qu'on veut faire pencher la balance, savoir bien parler est une arme.
Et être beau, grand, riche, quand on sait bien parler, c'est encore mieux.
Et quand en plus, on est vraiment malin, comme Alcibiade, alors là, c'est juste du ski.

Alcibiade, il a bien compris par où les prendre, ses concitoyens : un drachme est un drachme.
Alors la richesse de la Sicile, jusqu'ici inatteignable, c'est le moment ou jamais. C'est l'heure du jackpot. Il a la confiance. Il a pas la moindre idée de ce que ça veut dire, d'aller en Sicile. Mais ce qui est sûr, c'est que ça redonnera le moral à tout le monde, parce qu'on va s'en mettre plein les poches.

Il est tellement beau, Alcibiade, il te met la pêche rien qu'en riant.

Et du coup, c'est son parti qui l'emporte et l'assemblée vote pour monter une expédition, mobilisation de ceux qui doivent le service, les crédits financiers, les bateaux, et tout le reste.

Nicias, qui a un très mauvais feeling sur tout ça, remonte à la tribune pour expliquer que c'est bien gentil, la lumière d'or sur les orangers et les greniers remplis de Sicile, mais que d'une, en Sicile, les autochtones sont déjà pas exactement des amis, et de deux, quand ceux de Sparte vont débarquer à la rescousse, il en faudra un peu plus que les beaux cheveux d'Alcibiade pour pas se faire rétamer - parce que, pour rappel, se faire rétamer par Sparte, c'est ce qui s'est passé la dernière fois, et puis celle d'avant, et puis plein de fois encore avant.

Et son discours est une réussite : l'assemblée comprend que ce qu'il faut, c'est encore plus d'hommes et d'argent pour financer l'expédition, parce qu'il a raison, Nicias, là, il faut mettre la dose.
Et puisqu'il a l'air concerné, Nicias, on n'a qu'à lui donner le commandement de l'expédition, avec Alcibiade.

Nicias : a lucky man.

L'expédition de Sicile a très mal tourné, évidemment.

Alcibiade est venu au début, mais après il s'est enfui parce qu'on l'a rappelé à Athènes pour un procès, une grosse affaire de complot de l'aristocratie pour renverser la démocratie, une histoire récurrente.

Alors à ce moment-là Alcibiade, qui se doute bien que vu l'ambiance, il risque gros, Alcibiade, qui de toute façon a déjà bien tâté de la Sicile et qui est assez malin pour comprendre que c'est quand même une bonne galère, Alcibiade, qui commence à en avoir un peu ras la casquette des Athéniens, Alcibiade prend la tangente, trahit Athènes, et c'est la raison pour laquelle il est mort plus tard dans une sous-préfecture perse, et pas sur un rivage de Sicile.

Mais Nicias, qui passe son temps à consulter les oracles pour savoir s'il a la faveur des dieux - alors que le premier pékin venu pourrait lui confirmer que clairement non - Nicias n'a pas eu la chance de pouvoir se tirer.

Même si les Athéniens font plutôt bonne figure en débarquant en Sicile, on ne peut pas dire qu'ils l'ont facile, ni que les locaux les encouragent.

La réputation des Athéniens, elle est quand même assez mauvaise, depuis le temps qu'ils picorent partout, et puis la ligue de Délos qu'ils ont détournée à leur profit ça n'a pas joué pour l'image de marque, et cette expédition Restore Peace en Sicile pour secourir une cité alliée, ça ne trompe personne, tout le monde sait bien ce qu'ils font là en vrai : ils sont là pour prendre.

Et puis quand, évidemment, les Spartiates ont débarqué, ça s'est sérieusement corsé.
Les Athéniens auraient eu une chance de s'en tirer et de rentrer chez eux, mais Nicias a lambiné, il fallait appareiller vite et dégager, il a eu peur du qu'en dira-t-on à Athènes, et la fenêtre s'est refermée, les bateaux de Sparte ont bloqué le port - c'était fini.

Ça s'éternise un peu dans une course poursuite ralentie et sans espoir - putain d'île, où tu veux aller ? - et ça se termine par un massacre général au bord d'un fleuve.
On égorge Nicias et un autre général sur la berge. 

Les soldats athéniens capturés, on leur a promis la vie sauve et de pas les affamer, et on les parque dans les Latomies, de vastes carrières de pierre creusées dans le sol : le soleil de Sicile y donne en plein toute la journée, la nuit c'est glacial, eau et nourriture au lance-pierre. Ça dure deux mois, comme ça, et puis les survivants sont vendus comme esclaves.
Ceux qui sont rentrés chez eux, à terme : une poignée. Ils étaient partis quelques dizaines de milliers.

Et le pire, c'est qu'Athènes s'en fout, du foirage de l'expédition de Sicile, parce qu'à ce moment-là, dans la ville, on est à la limite de la guerre civile.

Suite à ça, Sparte a mis la main sur Athènes, l'ambiance est devenue très très lourde, grosses tensions sociales et coup d'Etat, la démocratie athénienne a connu une éclipse, et quand on en a eu fini avec une certaine ambiance 1940, c'est l'époque de Platon.

L'âge d'or n'est plus qu'un joli souvenir en médaillon.

Ça leur était tellement monté à la tête, l'âge d'or, les Athéniens, qu'ils en avaient oublié toutes leurs racines.

Ils en avaient oublié que ce qui compte, c'est de naviguer low-profile dans le merdier du monde, et de revenir chez soi entier, après avoir éclusé toutes ses marchandises, de bons drachmes dans les poches et des vivres pour l'année, sur un de ces bateaux fragiles qui tiennent pas le gros temps imprévisible de la Méditerranée et qui font que rien que prendre la mer, c'est toujours risquer sa peau.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire