Nous n'avons ni beaux vêtements ni belles attitudes ni même belle forme.
Nous allons, nus comme des soleils glorieux, et nous tentons d'aimer.

mercredi 6 mai 2015

The Big Wheel (hymn to)

L'enfance est une épopée.

La découverte, la nouveauté, la constitution même de la vie émotionnelle en font une Histoire que nous croyons sans fin.

C'est à cette découverte que nous devenons accros : toujours quêtant du nouveau au fond de l'Inconnu.

Dans le récit que nous nous faisons à nous-mêmes, nous tentons chaque fois de relancer l'épopée originelle, celle de la découverte du monde, des plaisirs et des peines, des premières caresses, des premières illusions, des premières pertes.

Comme si nous courions après notre virginité.

Mais avec le temps, les émotions deviennent des cycles - elles tracent le dessin de notre ouroboros intime.

Nous finissons par accueillir avec familiarité ces concubines installées dans nos vies, et qui reviennent à intervalle régulier, comme des phénomènes de mode qui n'appartiendraient qu'à nous, sur le thème musical du non nova sed nove.

Nos vies se déploient comme des spirales, s'élèvent comme des tornades de dessins animés, et nous repassons sans cesse par les mêmes endroits, aperçus d'un autre angle, comme des marcheurs sur les lacets d'un sentier de montagne.

Mais nous ne nous libérons pas facilement du récit de l'exploration. Nous quêtons la terra incognita, nous frémissons d'excitation dès qu'apparaît un here be dragons, quand bien même nous savons que ces dragons ne seront jamais que de nouvelles incarnations des vieilles connaissances.

Vient donc le moment où il nous faut apprendre à revivre.
L'heure des secondes chances où, sous une lumière nouvelle, nous redécouvrons.

Celle ou celui sur lequel notre regard avait toujours glissé, nous nous arrêterons soudain pour prendre le temps de le rencontrer.

Cette occasion maintes fois négligée, nous la saisirons finalement in extremis.

Cet amour perdu, et reperdu, nous nous habituerons à le voir jouer au phénix dans nos coeurs, nous commencerons à deviner que c'est là sa beauté.

Ces choix de vie que nous avions exclus d'un geste de vaine jeunesse, une clope à la main, un verre dans l'autre, au cours d'une soirée en confuse compagnie - ces choix de vie nous les considérons soudain avec attention, et nous en soupesons autrement les enjeux.

Ces désirs que nous connaissons déjà, nous apprenons à les redésirer, à relancer le moteur, à étendre notre faculté de vivre à travers les répétitions.

Et vient parfois le moment où ces autres désirs que nous ne faisions que rêver, futurs abstraits du quand je serai grand un jour j'aimerais bien - brusquement nous les regardons en face comme les seules vraies montagnes à conquérir : non pas comme des choses véritablement nouvelles ou inconnues, mais comme une belle et terrible occasion de nous découvrir à nous-mêmes inconnus.

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