Nous n'avons ni beaux vêtements ni belles attitudes ni même belle forme.
Nous allons, nus comme des soleils glorieux, et nous tentons d'aimer.

mercredi 11 février 2015

Fuck yeah le genre

Je m'y colle en mode tumblr des années 2010, donc.

Qu'est-ce que le genre ?
A l'origine, c'est un concept de sociologie, mais en ce qui me concerne, je dis anthropologie parce que ça brasse plus large et que ça fait moins "Pierre Bourdieu t'explique".
Qu'est-ce que l'anthropologie ?
C'est l'étude de l'être humain en tant qu'être de culture.
Qu'est-ce qu'une culture ?
Ramenée à sa plus simple expression, la culture est un système de conditionnement de l'individu par le groupe.
Ce conditionnement repose sur quatre piliers : le verbal, le non-verbal, l'explicite, et l'implicite.
Le verbal, c'est la grammaire, la langue.
Le non-verbal, c'est le geste, la posture.
L'explicite, c'est l'intention consciente, les valeurs définies noir sur blanc.
L'implicite, c'est ce que les membres de la culture ont tellement intégré qu'ils ne se rendent même pas compte qu'ils le disent, le transmettent et fonctionnent avec.

Les cultures possèdent une immense variabilité dans le temps et l'espace.
Une chose qui titille l'anthropologue, c'est de trouver ce qui ne varie pas chez l'être humain à travers toutes les différences : la constante.
Pour l'instant, le seul candidat valable, c'est le tabou de l'inceste, mais même ça, ça peut se discuter.

Il y a des problèmes qui se posent à toutes les cultures, il y a des solutions qui se ressemblent parfois, mais il n'y a pas de phénomène culturel absolu, hormis le fait que l'être humain n'existe pas sans culture : l'homme n'est pas hors-sol.

Ce qui veut dire que :

a) même dans notre fonctionnement le plus personnel, on trouve toujours une part de conditionnement

b) ce conditionnement n'a aucune valeur absolue, aucune certitude - c'est une histoire en laquelle on croit, un choix collectif, une façon de voir les choses, un système de représentations viable exclusivement dans une époque donnée, un lieu donné, avec des gens donnés.

Le rapport que nous entretenons avec notre culture n'est pas un rapport mathématique de connaissance : c'est un rapport émotionnel.

Ce rapport est facile à expérimenter.
Si nous sommes soudain transplantés dans une culture différente de notre culture de naissance, alors la façon dont nous appréhenderons ce nouvel espace de sens - le lieu d'un conditionnement autre - se fera par le lien émotionnel que nous essaierons de tisser avec ces autres gens, à partir de la place que nous occupons et dans la situation qui nous a amenés à entrer en contact avec eux.
C'est le succès ou l'échec de ce lien émotionnel avec les membres d'une culture qui fera que nous nous sentirons une affinité avec ladite culture.

Ce tissage que nous tenterons de faire adulte, c'est une répétition de celui que nous avons fait enfant dans ce qui est devenu notre culture.

La liberté, pour dégainer les grands mots, ne peut être envisagée qu'en interrogeant ce conditionnement.
Or, ce conditionnement, nous l'avons appris dès l'enfance.
Il fait partie intégrante de notre langage : il n'est pas quelque chose de séparé de nous qu'on nous aurait imposé ou qu'on aurait forcé en nous.
Il est contenu dans le moyen même avec lequel nous avons appris à nous exprimer en tant qu'être social : nous nous sommes émotionnellement construits avec lui, ce qui veut dire que notre désir même a appris à passer par lui.

La liberté ne consiste certainement pas à s'affranchir de toute culture, de tout particularisme, de toute représentation. Déjà c'est impossible, ensuite c'est invivable, enfin, c'est stupide.
La liberté, c'est d'abord de prendre conscience des conditionnements et de la façon dont ils s'appliquent à notre cas précis.
C'est de connaître le biais par lequel nous avons été et sommes conduits à regarder toute chose.

Le genre n'est jamais qu'un aspect parmi d'autres d'une culture donnée.

Mammifères de tous les pays toutes les espèces, notre reproduction passe par un accouplement entre deux porteurs de gamètes : mâle et femelle.
Pour procéder à cet accouplement, qui demande l'excitation de certaines parties du corps du mammifère, le mâle et la femelle remplissent un certain rôle, essentiellement de stimulation réciproque.

Pour l'être humain, ce rôle, on l'appelle le genre.
Le genre, c'est la constitution de l'identité de chacun, dans une société donnée, en fonction de son sexe de naissance.
Toute société est obligée de définir le genre, de dire : voilà ce qu'on va faire de la différence entre les sexes.
De même que toute société est obligée de concevoir son rapport à l'enfant, aux vieux, au travail, à l'organisation de l'habitat, à la répartition des ressources, aux loisirs, aux exutoires, aux jeux, etc.

Personne n'a jamais dit que le genre était un élément déterminant de l'identité. Il y a des sociétés qui en font grand cas, d'autres qui s'en foutent.
Mais le genre, comme vu plus haut, remplit un rôle érotique : les hommes et les femmes font certains trucs pour s'exciter les uns les autres, pour se désirer, et ces trucs sont culturellement définis.
Ce qui est une façon technique de dire : ces trucs sont carrément arbitraires.
Un exemple ?
Des hommes sexy, quelque part sur la Terre.

Donc le genre est une notion qui désigne, dans une culture donnée, le système symbolique construit autour de chacun des sexes et de leurs différences.

Mais encore une fois, si j'en parle ici d'un point de vue intellectuel, il faut comprendre que le genre, comme tout aspect culturel, est une construction émotionnelle, un apprentissage de la façon de ressentir l'autre et d'agir envers lui, dès l'enfance.
On ne fait pas bouger le désir en lui demandant poliment : on l'émeut, on le stimule, on le réveille, on l'entretient, on lui parle, on le met en jeu ou en scène, etc.
Car nous sommes de chair.

Le genre a pour but d'exciter, de créer une érotique.
Comme une grille de blues, tu peux en faire un peu ce que tu veux.

Mais si ça ne marche pas, si ça casse ton désir, si ça ne te donne pas envie, si ça ne te parle pas, si ça t'oblige contre ton gré, si ça ne te correspond pas, si ça crée une oppression et une souffrance, alors ce sont les représentations du genre qui doivent évoluer et s'élargir - pas les personnes qui doivent se taire et subir.

Car le genre flotte au-dessus de nous comme une proposition du masculin et du féminin : il ne colle pas à notre corps comme un organe génital.

Le sexisme, c'est de considérer que :

a) la génitalité et le genre, la biologie et la construction de l'imaginaire social se recouvrent absolument - et doivent absolument se recouvrir

b) le genre est un critère prioritaire de l'identité

c) le genre fonde une hiérarchie, une discrimination légitime dans la société.

Il y a beaucoup de féminismes différents aujourd'hui.
Mon féminisme est un anti-sexisme.

Je n'aime pas beaucoup anti-sexisme comme terme : je n'aime pas les grands mots avec des "anti" dedans, et puis c'est moche. Mais je n'ai rien trouvé d'autre pour l'heure.

A titre personnel, je suis queer.
Ça représente globalement tout ce que je sais de moi aujourd'hui, personne ne comprend ce que ça veut dire, et ça me va bien.

Et maintenant, croissez, pensez et multipliez.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire