Nous n'avons ni beaux vêtements ni belles attitudes ni même belle forme.
Nous allons, nus comme des soleils glorieux, et nous tentons d'aimer.

mardi 25 novembre 2014

Jeux de mains

Tandis qu'il nous raconte comment sa soeur a viré son mec de chez elle, le sac de sport jeté en travers de la poitrine, les échanges de taloches et les "ah ouais ? ah ouais ?" semés en mode sister tout le long de l'escalier, je regarde sa main ouverte, paume vers le sol, qui ponctue chaque syntagme d'allers-retours rythmiques, comme s'il passait un coup de chiffon sur une tablette invisible.

Tandis qu'elle s'approche de moi pour me dire bonjour, le corps raide de la distance amicale dans laquelle nos relations sont plongées depuis longtemps, la bise déposée furtivement sur ma joue accompagne une main qui, instinctivement, glisse le long de mon flanc pour aller se lover exactement là où, des années auparavant, en amante elle s'installait.

Tandis qu'ils tentent avec insistance de me montrer ce pas de danse dont je me fous, je sens l'une de leurs six mains se glisser dans la poche de mon jean et, avec la délicatesse maladroite de celui qui en est encore à apprendre, caresser mon entrejambe à la recherche de mon téléphone portable.

Tandis que, sur cette photo sombre retrouvée au fond d'une antique mémoire informatique, je suis la ligne de ses longs bras nus brillant sous l'âcre lumière d'un spot, depuis l'épaule légèrement osseuse émergeant de la robe jusqu'à la cigarette cachée entre deux doigts, c'est sur ma propre paume que je ressens soudain la chaleur oubliée de cette peau que je parcours désormais des yeux.

Tandis que je repense à toi, dans un moment de lassitude googlant ce parcours professionnel dont tu peux être fier mais qui ne signifie rien dans mon univers, je sens sur mon corps la main voyageuse que tu avais posée sur moi pendant la nuit, et que j'ai laissée là, sans rien dire ni faire, parce que j'étais con.

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