Nous n'avons ni beaux vêtements ni belles attitudes ni même belle forme.
Nous allons, nus comme des soleils glorieux, et nous tentons d'aimer.

lundi 6 octobre 2014

Je poste en salve...

... parce que je vis en rafale.

Comme le vent, je ne suis qu'un jeu de présence et d'absence.

C'est dans ma genèse émotionnelle, quelque chose qui vient de loin et qui me structure depuis l'origine.

J'aimerais en parler un jour, trouver les mots, parce que de cette chose-là, je ne sais rien dire, et il m'a fallu tellement longtemps pour simplement comprendre qu'elle existait en moi, qu'il y avait en moi quelque chose pour quoi je n'avais pas les mots.

Je suis un vent.

Je caresse et j'apaise, comme je gronde et j'attise, je réchauffe ou rafraichis, comme je jette à terre ou glace aux os.

Je suis tantôt tactile et intense, obsédant et fatigant comme le mistral, tantôt insaisissable, absent, soufflant au loin sur mes prairies intérieures comme un grand vent d'ouest traversant la plaine Paris-Moscou.

D'ordinaire, je m'efforce d'être une petite brise de mer tempérée, un flux d'air qui cherche l'harmonie et la danse, et laisse courir sur ses bras oiseaux et feuillages sans jamais les étreindre.

Mais parfois, d'imprévisibles tornades font éclater mes structures, des accumulations de pression brisent l'équilibre de mon aérienne physique, et je me tourne en vent mauvais, destructeur, arasant, éparpillant débris, troncs, toits.

Dans ces moments, je songe au fait que les vents sont l'effet de la rotation de la Terre au sein d'une couche d'atmosphère, le fruit d'une friction régulière où l'air s'agite et se calme comme l'eau dans un verre qu'on porte d'une pièce à l'autre.

Alors, pour protéger ceux que j'aime, je cesse d'être le vent, et je deviens l'oeil du cyclone.

Joie étrange de ces moments, observant autour de moi l'activité de ces bourrasques brutales occupées à détruire un monde invisible, tandis que ceux que j'aime en ignorent tout et poursuivent leur vie paisiblement - et c'est pour moi tout ce qui compte : qu'ils en soient à l'abri.

Depuis quelques temps maintenant, les ouragans se font rares et je suis de moins en moins venteux.

Ce n'est pas un hasard, c'est le fruit d'un long travail, mais c'est un plaisir nouveau, pour moi, une profonde découverte après trente ans de tempêtes et de masses d'air en mouvement : celui de n'être plus un vent, celui d'être enfin incarné.

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